Pont-ar-Varn

License CC SA NC BY Hervé Quéré,Pont-ar-Varn en automne

Comme on peut le constater sur le cadastre de 1813, l’existence de Pont-ar-Varn (prononcé Ponnavarn) en tant que village est assez récente, aucune maison n’y étant présente à cette époque. Bien plus tard, on y recense 3 habitants en 1931, une douzaine dans les années 70 et 80. Cependant le nom du lieu devait être utilisé avant. Peut-être n’était-ce qu’un endroit où on lavait le linge dans la rivière car, à Saint-Rivoal, le mot « Pont » désigne également les pierres plates en schiste que l’on disposait comme support le long d’un plan d’eau pour laver le linge, et pas forcément un pont. En effet, le pont actuel n’existait pas sur le plan de 1813. Il été construit juste avant la guerre de 1914. La route carrossable venant des villages du Koste-Kerain n’existait pas non plus. Elle n’a été construite qu’en 1912. Alors comment faisaient les gens de Penn-ar-Gêr ou Bodeñgar pour rejoindre le bourg ? (Et notamment les enfants, en hiver. Le 7 mars 1878, M. Pouliquen, instituteur, écrit au préfet : “J’ai l’honneur de vous faire savoir que l’on déserte l’école et cela faute d’un local convenable et d’un pont à piétons sur une rivière qui sépare une partie de la paroisse du bourg”.) Ceux de Penn-ar-Gêr passaient dans doute par Mill-an-Traoñ (Il y avait un pont près du moulin). Ceux de Bodeñgar probablement à pied par la route de Lann-ar-Marroù qui surplombe en fait Pont-ar-Varn (on le voit bien sur la carte), ils descendaient par un chemin très raide vers la rivière où ils traversaient sans doute à gué ou un petit pont de bois. En fait, le chemin de Pont-ar-Varn permettait la communication avec Saint-Cadou et non Le Faou comme aujourd’hui.

Extrait du cadastre napoléonien, Archives du Finistère

On peut penser que le nom de Pont-ar-Varn est équivalent à Pont-ar-Vern ou Pont-ar-Wern : le Pont du Marais. Effectivement on est là à l’entrée des marais de Poulloù-Dueg, les fosses de la chose noire (pluriel : “duigou” ? nom de famille), situées à 200m en amont sur la rivière de Gwaremmig. C’est là que les habitants du bourg extrayaient le tourbe pour la cuisson dans le « pod-tri-trôd », le chaudron à trois pieds. On y a encore récemment extrait quelques mottes pour une animation proposée par l’Écomusée. Ce marais est surplombé du côté de Lann-ar-Marroù par une colline dont deux ou trois parcelles étaient nommées « Roz-ar-Vern », Le Coteau du Marais. Il faut aussi envisager Ar Vern comme patronyme (nom de personne). La famille Le Guern (équivalent français de Ar Vern) est citée (au XVIIeme : Convenant Guern) dans les archives du Rellec.

D’autres origines ont été envisagées comme : Pont-ar-Varlen –> Pont-ar-varn (Voir les sources selon Françoise Gestin : Famille et parenté à St-Rivoal / Françoise Gestin ). “Ar varlenn” dans le sens de “margelle” est possible (dans le document cité, c’est “Ster an barlen”, mais les mutations n’étaient pas transcrites à l’écrit à cette époque), peut-être la margelle d’un lavoir installé sur la rivière. Ur “varlenn-buñs” est un tablier de puits. On verra plus bas l’usage de “ur stêr-varlenn” : le tablier d’un lavoir de rivière. Pont-ar-varlenn serait une sorte de pléonasme en répétant pont et barlenn qui représentent le même objet : tablier ou margelle. On rencontre d’autres écritures proches comme Pont ar varren, probablement inspiré de la configartion du lieu avant la constructio du pont en pierre : un simple pont en bois ou en dalles de schiste, avec une barre de soutien à côté d’un passsage à gué pour les charrois.

Autre interprétation proche de la précédente : D’après les récits de personnes encore vivantes (2014), une partie des habitants du bourg descendaient faire ses lessives à cet endroit tandis que d’autres allaient près de la fontaine-lavoir de Kêr-d’an-traoñ (l’eau de source était plus tiède en hiver). Coïncidence : ce dispositif de lessive est traditionnellement désigné par “ur pont-gwelc’hen” (un pont à laver) (source Marie Rannou penn-ar-gêr) situé sur une rivière à lessive (ur stêr-welc’hen) : est-ce que le fameux “Pont-ar-varlen” ne serait pas une interprétation de “Pont-ar-welc’hen” (origine : gwelc’hen, autre forme du verbe gwalc’hiñ=laver).

On trouve aussi dans Koulizh Kedez (mais à St-Coulitz), Yezh va zud, 2012, cette mention : “Dilhad fank da werc’hen”, proche de welc’hen.

“Ar varlen” est aussi un nom de plante (famille de la verveine).

Peu probable : Pont-ar-Varn, le pont du jugement, de la magistrature. Proposition d’écriture en breton standard : Pont ar Varn, Pont ar varlenn, Pont ar varrenn

Écriture comme image de l’oral : Ponavarn

Les noms de lieux en caractères d’imprimerie ont été rajoutés sur l’ancien cadastre pour en faciliter le repérage* Sources : Archives départementales | Conseil général 29: service des routes | Sur les traces de François Joncour : Saint-Rivoal 1995 | Françoise Gestin_Ecomusée des Monts-d’Arrée, Famille et parenté*