Roquinarc'h
- Roquinarc’h
| 1512 | 1540 | 1613 | 1628 | 1631 | 1659 | 1682 | 1730 |
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| Rochquynarch | Rochguynarch | Rochquinarch | Roguinarch | Rocguinarch | Roquinarch | Rocquinarch | Rochqueinarch |
Pour Roquinarc’h, est-ce qu’on a entendu roz (colline), ou roc’h (rok n’existe pas en breton). Pour la deuxième partie du nom, est-ce que l’on a entendu kignaj (épluchage pour tirer des mottes) ou keneac’h (tout en haut), très proche de kreac’h. Il n’est pas non plus exclu que l’officier qui a écrit le nom ait interprété ce qu’il entendait à sa façon, suivant qu’il comprenait le breton ou pas. D’autre part, on ne mettait pas d’apostrophe entre le c et le h. On peut avoir deux sens complètement différent suivant qu’on lit quinach (épluchage) ou quenac’h (tout en haut). Comment transcrire le son ac’h avec les habitudes de l’époque ? Il ne serait pas tellement étonnant que le r final de Roquinarc’h vienne transformer la prononciation du ach en ac’h (Voir Falc’hun1958, p419, créac’h–>créarc’h Média:falc-hun-topo.jpg). Un non-bretonnant ne peut pas décider si ch vaut [χ] comme dans roch (roc’h = rocher) ou [ʃ] comme dans roched (= chemise) si on ne met pas d’apostrophe entre c et h.
Par exemple, dans le Catholicon 1499, on trouve “ch” dans les deux cas. Et aussi quenech: sus en hault, la lettre de l’alphabet breton c’h n’ayant pas encore été inventée. Il faudra attendre la proposition du père Maunoir à ce sujet, en 1646.
La carte de Cassini (XVIIIème) indique Roquinarch (sans apostrophe entre le c et le h). Sur le cadastre de 1813 et l’actuel, on trouve Roquinarc’h. Roc’h est devenu ro. La terminaison “arc’h”, valant sans doute “ac’h”, a parfois conduit à une interprétation fantaisiste mêlant une arche à l’histoire.
D’autre part, il n’est pas du tout certain que le menhir, bien qu’il soit nommé roc’h (la parcelle s’appelle “Parc ar roc’h hir” = Champ de la roche longue), ait influencé ce nom de village (ce menhir a été décapité par la foudre en 1956). En fait, les noms de villages sont très souvent en rapport avec la disposition géographique de l’endroit. Il ne faut pas non plus oublier que ce sont les habitants vivant sur ce terroir qui ressentent le terrain dans leurs déplacements et leur travaux et non des archéologues qui ont donné ce nom à l’endroit. On prête parfois le nom de “Roche du diable” à ce menhir. Mais quel menhir n’a pas reçu ce surnom ? On aimerait en connaître les sources, autres que celles qui figurent en commentaire de certaines cartes postales du siècle dernier (sur lesquelles on trouve aussi Roquimarc’h !).

En tout cas, l’hypothèse de Bernard Tanguy, voyant ici un “Roc’h Kein marc’h” ne me semble pas tenable. Contrairement à l’idée qu’on peut se faire de ce secteur des Monts d’Arrée, le menez Kador (le fameux sommet en forme de kein marc’h = dos de cheval) ne fait pas partie du terroir de Roquinarc’h. Ce sont les ménez (pacages, mottes, bruyères) de Botkador (en Botmeur) et de Roudouderc’h (en Sizun) qui occupent les pentes du Tuchenn. Roquinarc’h est un aplat situé en haut d’une vallée perchée, la plus haute de St-Rivoal (à peu près à la même hauteur que le village de Stank an Hae), juste en contrebas du “col” entre Tuchenn Kador et Tuchenn Mikêl, où l’affluent de la Rivoal (Stêr Gwaremmig) a une de ses sources, quasiment en face du menhir, de l’autre côté de la route départementale, l’autre source étant au-dessus de Leingwez. Son ménez se trouvait entre les pentes de la montagne St-Michel (au nord-ouest) et le Yeun Ellez où les habitants s’approvisionnaient en tourbe jusque la moitié du XXème siècle (Voir récit de Marie Braz ). Voir la carte :

Ici, roz (coteau), raccourci en ro, correspondrait aussi à la situation du village, le plus élevé de la commune, à flanc de côteau en montant vers le “col” situé entre Tuchenn St-Mikêl et Tuchenn-Kador. On trouve de nombreux “roz” dans les documents cadastraux de Saint-Rivoal (par exemple en 1813 : Roz-ar-vern, ar Roz parc, Roz Penarguer…) et même un Rosquinarch (1934). L’écriture que l’on trouve actuellement sur le panneau indiquant le village a été proposée en tenant compte de ces réflexions (Bien que ce choix de Rokinac’h=“le coteau tout en haut” ait été parfois contesté) mais ceci ouvre un autre débat : faut-il écrire les panneaux en suivant les transcriptions de l’administration, au détriment du sens bien souvent, ou , au contraire, essayer de refléter l’origine bretonne du mot ?
A noter aussi, une autre piste à explorer : “an ac’h” est une plante appeléée “grande ache” ou “persil de cheval”. Ce nom apparaît parfois dans des noms de champ (à St-Rivoal : peut-être pas).

Les terres et les landes du village s’étirent au pied du Menez Sant-Mikêl et du Tuchenn Kador. Au début du 20ème, c’est la plus grosse agglomération de la paroisse après le bourg. Les habitants de Rokinac’h avaient aussi des parcelles dans le Yeun pour extraire de la tourbe, comme le raconte Marie Le Bras [].
Jusqu’à la Révolution, ces villages dépendent de l’abbaye du Relec, en Plounéour-Ménez, qui a encouragé le peuplement et la mise en valeur des terres de l’Arrée grâce au régime de la Quévaise. Ainsi, il existait deux quévaises à Rokinarc’h, une à Kernevez et une à Linguez.
*Proposition d’écriture en breton standard : Rokinac’h, Roc’h-Kenac’h, Roz-Kenac’h * –> |*Sources : Jean Le Crann : “Une société rurale dans la Montagne d’Arrée” -Mémoire de maîtrise -1970 | Leur ar C’horneg : bulletin numéro 7-1996 | Dictionnaire topographique du Finistère par Albert Deshayes *|